Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 07:49

Je me lève en sursaut, les larmes au coin de l’œil, un cri mourrant encore dans ma gorge. Je suis assise sur mon lit en moins de deux et les larmes sont maintenant sur ma joue alors que d’autres se pressent derrière elles. J’ai beau avoir passé le stade du retour à la réalité, ça  fait trop mal et trop peur pour ne pas rester un peu réel. Et même après c’est pire car cela se transforme en une peur que cela arrive. Alors j’essaie de bien me souvenir du rêve qui m’a expulsé de mon sommeil.

Nous sommes trois dans la petite épicerie. Je n’arrive pas à déterminer si il s’agit bien d’une épicerie ou d’un atelier de travail. Pendant que j’inspecte les lieux, les deux hommes qui m’accompagnent parle de ce monsieur Dontjen’arrivepasàsaisirlenom, il se pourrait que je les connaisse bien ces bonshommes même qu’ils soient de  ma famille. Cela n’a pas d’importance. Selon leurs dires l’homme que nous allons rencontrer était professeur avant. Il enseignait son métier aux jeunes. Un métier manuel mais tout reste flou là-dessus. Ils rigolent, trouvent que ça fait bien longtemps tout ça.

Tout à coup, j’entends un cri. Un petit cri aigu qui s’excuse presque d’être là.

Un vieux monsieur est derrière nous.

- Vous m’avez fait peur, me dit-il de sa voix tremblotante.

Et cette fois c’est pour moi le cri, pour moi la surprise. C’est mon père. Il est si vieux. Ses yeux m’indiquent déjà ce que ses paroles incohérentes me confirmeront plus tard, ils sont opaques. Leur couleur bleu a disparue laissant place à un blanc trouble. Mon père et vieux et il a perdu la raison. Je ne sais pas si c’est la maladie ou si ce n’est que le résultat de la vieillesse qui le fait revenir en arrière, très loin en arrière. Son corps semble si vieux, si fragile. Il est voûté en avant et s’appuie sur une canne. Son corps est vieux comme son esprit et je ne sais pas dire lequel est le plus fatigué.

Alors je m’approche de lui et le serre dans mes bras. Les cris et les larmes ne peuvent s’empêcher de sortir. Je hurle mon désespoir et même si il me console comme à l’accoutumée, je sais que cette personne qui me console n’est plus là que pour regretter ce qu’il était. Pour me dire « Je sais ma fille, moi aussi ça me fait du mal d’être comme ça ». Comme si son seul brin de lucidité lui servait à éclairer son état lamentable. Plus je me rends compte que mon père est mort en laissant cette coquille fatiguée avec un résidu de cerveaux, plus je m’en veux. Mes cris rajeunissent aussi. Je pleure comme quand je venais de naître.

Mon père est parti et moi je n’ai même pas pu lui dire au revoir. Il ne reste plus rien de lui, plus rien de mon père en cette loque.
Par shuky - Publié dans : Autres
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Commentaires

J'aime bien ta façon d'écrire...
Commentaire n°1 posté par elya le 06/10/2006 à 17h39

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